Je constate avec effroi un phénomène fort connu de bien des blogueurs: ils oublient d’écrire pendant un petit bout. Özür dilerim.
Mon diagnostic actuel: problème de temps (je n’en ai pas assez pour tout vivre, alors là, imaginez, tout l’écrire en plus), puis, paresse au niveau du uploadage des photos. Quand ça fait deux-trois jours que mon anecdote est passée, je la trouve passée date et j’ai moins envie de la raconter.
Alors j’écris aujourd’hui sur aujourd’hui, je mettrai les photos la prochaine fois, un jour.
L’automne est commencé, synonyme de pluie et de ti-froid désagréable, mais au moins aujourd’hui le soleil est revenu, radieux. On en a profité pour explorer un nouveau secteur. Une amie nous racontait que lorsque notre quartier Tarlabaşı sera complètement gentrifié, les Kurdes, Roms et autres non-yuppies indésirables au centre se déplaceront probablement vers un quartier nommé Balat, toujours sur le côté européen d’Istanbul mais sur l’autre rive de la Corne d’Or.
On a donc décidé d’aller voir par là, sans plan précis. On a d’abord pris un traversier depuis Kasimpaşa, puis on est descendu au port de Fener. À peine arrivés, on tombe sur une partie des anciens murs de la ville, forteresse de Constantinople qui date du 7e siècle avant J-C. Ce n’était pas prévu au programme, et puisqu’on n’en avait pas vraiment planifié un non plus, on était d’autant plus contents d’arriver là. Joli spot, qui surplombe un cimetière où reposent quelques héros Ottomans musulmans. T’as pas l’impression que c’est vraiment exploité touristiquement, ça ne coûte rien entrer, ce qui en fait un joli endroit pour aller s’installer dans les jardins et lire. De tout en haut, tu as une vue magnifique sur une immense autoroute. Quelques bouteilles de bières vides traînent sur la forteresse, ce qui laisse entendre qu’il s’agit aussi d’un repère tranquille en soirée pour les gens qui veulent siroter leur bière musulmane en paix.
Puis, balade dans les rues avoisinantes, je ne pourrais dire si on était encore dans le quartier de Fener ou déjà arrivés à Balat. On risque de devoir y retourner si on veut vraiment comprendre les parcours intermigratoires istanbulliotes et explorer Balat dans ses bas fonds. Mais bon, une autre fois.
En poursuivant notre chemin, on s’arrête quelques secondes devant une agence d’immeubles pour comparer ce qui s’offre comme appartements et maisons et à quel prix. Le propriétaire étant fort sympathique, on en profite pour pratiquer notre turc autour d’un thé. Comme il semble très enthousiaste à propos du café Pierre Loti, (“leur café est trop excellent!, mmmmm!!!”, qu’il raconte) on se dit que c’est peut-être un bon plan. Pierre Loti, un officier de marine et romancier orientaliste du début du vingtième siècle aurait écrit de grandes oeuvres sur la Turquie depuis l’emplacement du dit café. On poursuit donc notre balade dans le quartier Eyüp, le gentil agent immobilier nous ayant vaguement indiqué la direction, tout en nous rassurant que tout le monde saurait c’est où.
On tombe sur une immense mosquée, et le nombre de kiosques à souvenirs musulmans nous font comprendre qu’il ne s’agit pas juste de la petite mosquée du coin. Et pourtant, les souvenirs ne s’adressent pas au touriste de type Lonely Planet. Ils n’y vendent que des bidules pratiques pour une visite à la mosquée: livres de prières, compteurs de prières, voiles. On en a profité pour s’acheter des espèces de bas de cuir trop hot, qui en réalité servent de pantoufles pour la mosquée. L’aquisition la plus cool possible dans ce genre de magasin. Bref, la mosquée abrite aussi la tombe d’un des grands chums du Prophète, un dénommé Abbu Ayyub al-Ansari (vive Wikipédia) alors c’est pourquoi des Musulmans de partout viennent y faire leur pellerinage.
Cette journée sans programme touristique devenait de plus en plus remplie d’attractions de haut niveau. Rendu là, le café Pierre Loti, on s’en foutait un peu à la limite, mais les gens sur notre chemin nous voyaient et sans qu’on ne leur demande quoi que ce soit, nous pointaient une direction en disant “Pierre Loti, c’est par là”, genre que deux peaux pâles perdus dans le coin n’aurait nul autre intérêt que cet endroit. Plus le choix d’y aller.
La route était longue, tout en haut d’une montagne dont il fallait faire le tour plusieurs fois. Plus le nombre de gens nous indiquant le chemin sans qu’on ne l’ait demandé se multipliait, plus on se demandait si l’endroit n’était pas en réalité une usine à saucisses faites de chair de touristes aux mollets de béton ou, option plus réaliste, une simple trappe à touristes (ie. sollicitation désespérée de toutes parts – $$$) qu’on voudrait fuir au plus vite une fois arrivés.
Et pourtant, non, endroit à vue incroyable, le café turc est effectivement un des meilleurs qu’on ait bu jusqu’à maintenant et pas nécessairement plus cher que ce qu’on trouve à Taxsim, un peu peut-être, mais ça vaut le détour et le coût.
Comble du programme réussi, pour redescendre, on constate qu’un funiculaire se trouve juste à côté du café, on n’aura pas à se retaper tout le trajet. Pour 75 cents, on se tape les derniers rayons de soleil du jour perchés dans une petite boîte en suspension qui nous ramène juste à côté du traversier. La vie est bien faite.