

Nos nouveaux amis musiciens nous invitent à les voir en concert, on ne sait pas trop c’est où, mais on dit toujours oui, puisque c’est l’occasion de découvrir un nouveau coin d’Istanbul. Étant trop nombreux pour un seul taxi, on s’enfile dans deux voitures. Direction Güzeltepe, nom prometteur qui veut dire: “la belle montagne”. Aucun des deux chauffeurs ne sait exactement c’est où, on les excusera, c’est grand quand même c’te ville, qui a d’abord des noms de secteurs, sous-divisés en noms de quartiers, qui prennent parfois alors les noms de la rue, qui sont parfois mieux connu sous un ancien nom d’avant le coup d’État, etc. etc. etc.
Notre chauffeur grogne tout de même tout le long d’être le suiveux, croyant savoir mieux que son collègue par où passer et tente donc à maintes reprises de le dépasser, faisant fi des règles de bonne conduite de base. Nous on s’agrippe, en se demandant intérieurement pourquoi au juste on n’a pas pris l’autobus.
On arrive heureusement vivants à la belle montage, un espèce de terrain vague parking avec paniers de basket où un des partis socialistes locaux a organisé une soirée de concerts. On se sent vraiment au beau milieu de nulle part. Heureusement on avait mangé avant, parce que tout ce qu’ils servent, c’est de la littérature du parti et du thé sur lequel tout le monde saute dès qu’il est prêt. On se partagera un verre à trois.
Le premier groupe, de type rock, incite les jeunes à danser. La particularité, puisque qu’on est alors dans un quartier majoritairement kurde, c’est que les jeunes dansent une danse traditionnelle kurde, où tout le monde se tient par les épaules, côte à côte. Il y a une série de pas simples qui ressemblent au continental. Étant sous l’influence du rythme rock, la danse se voit légèrement plus rythmée que la tradition le voudrait. Entre les chansons, des adolescents scandent avec une conviction étonnante, du haut de leurs treize-quatorze ans, quelques slogans à saveur communiste internationale : iş, ekmek, özgürlük (travail, pain, liberté).
Parmi le line-up aussi, évidemment, nos amis: j’aurai peut-être l’occasion de vous reparler d’eux, mais pour l’instant retenez juste qu’ils s’appellent les Bandista, groupe de musique politiquement engagée qu’on peut découvrir sur leur beau site ici. Album à downloader gratuitement, sont copyleft comme il le faut. Avant eux, jouait un des plus célèbres chansonniers turcs, engagé certainement lui aussi: il s’appelle Barja. Je vous reviendrai avec un lien sur sa musique, en tous les cas, ici il est fort connu: aux deux premiers accords de sa première chanson, tout le monde capotait. Le hit. Et j’ai compris pourquoi: même sans tout comprendre, sa voix a fait craquer mon coeur.
O, the sounds of Istanbul… Çok seni seviyorum.
c’est qui ce barja super connu? J’arrive pas à le trouver… moi aussi jeveux me faire craquer le coeur
ah oui, t’as raison, je voulais le retrouver…
alors il s’appelle en fait Bajar, et il est relié aussi avec un groupe qui s’appelle Kardeş Türküler, j’ai retrouvé quelques trucs moyens sur youtube, mais pas le moment magique qui s’est produit là-bas, maalesef.
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