Petite manif mardi, il y en a eu plein d’autres, mais la brave étudiante que je suis sélectionne attentivement ses sorties en plein air. Le FMI et la Banque Mondiale se réunissent ici à Istanbul et plusieurs personnes en ont profité pour leur montrer leur mécontentement sur la façon qu’ils gèrent le monde.
Au départ, nous croyions que c’était tout petit, ce qui nous étonnait tout de même un peu. Le rendez-vous était à 10 heures du matin et à peine une vingtaine de personnes se trouvaient éparpillées à la place Tünel. Quarante-cinq minutes plus tard, c’est un départ, nous sommes alors peut-être 300. Nous marchons en deux blocs distincts et séparés: en avant, les gens pas contents avec le système mais plutôt pacifistes, derrière, le Black Block, anarchistes qui, comme le nom le dit, sont tout en noir, du visage au pieds.
Quelques mètres avant notre arrivée sur Taksim, cette énorme place centrale, où taxis, autobus, touristes et gens affairés se croisent en grand nombre, le Black Bloc nous dépasse en courant.
On arrive sur Taksim pour réaliser que nous n’étions pas les seuls, d’autres regroupements syndicaux, partis anti-capitalistes, d’autres illégaux, etc. etc. étaient déjà sur place. J’ai lu: 6000 personnes.
À peine deux minutes plus tard, (j’étais trop loin pour savoir ce qui s’est passé), sans avertissement, on voit les canons à eau propulser des gros jets. On pense que c’est loin, mais en fait, la police a du coup aussi lancé des gaz lacrymogènes: la place se dégage en moins que rien et nous aussi. Il y avait autant des touristes avec des enfants et des employés de petits restaurants de la place qui se nettoyaient le visage au citron, pas trippant.
Nous on est tout de même restés prudents et gentils (tu n’as vraiment pas à t’inquiéter, maman!), mais les combats entre les policiers et les activistes aux cocktails molotov se sont poursuivis dans les rues adjacentes pendant une heure et demie environ. Ces petites ruelles semblent donner beaucoup d’options pour la guérilla urbaine. Le centre-ville en entier puait le gaz lacrymogène. Le plus étrange, c’était que les propriétaires des commerces fermaient boutique deux minutes, le temps que l’éclat passe et puis se remettaient à trancher leur viande de döner et à siroter leur thé, pas stressés du tout. Les touristes restaient dans les parages aussi, mais j’imagine que c’était pas la meilleure journée pour faire des achats sur la rue Istiklal. Assis du haut d’une terrasse ayant vue sur la scène, on a observé une série de gens en train de se faire brutalement embarquer dans les autobus blindés de la police au son de l’appel à Allah.

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