post-scriptum

Petit post-scriptum à la dernière entrée qui devait servir de conclusion officielle. Le blogue istanbul et les autres vous invite encore une fois à revenir à Berlin, mes aventures sur les rives du Bosphore étant pour l’instant terminées. Par contre, pour ceux qui voudraient une fois pour toutes comprendre comment j’en suis venue à passer un an là-bas, voici un lien sur un article, Studying Europe in Istanbul, qui résume un peu ma vie universitaire turque et quelques à-côtés. Une commande pour le webzine Europe & Me.

Öpücükler.

Il est grand temps…

Il y a trop de blogues sur cette planète virtuelle qui restent en suspend après quelques entrées. Je n’avais pas envie de laisser istanbul et les autres devenir une autre baleine échouée, mais plus le temps passe, moins tu arrives à conclure une histoire déjà parachevée.

J’aurais aimé vous raconter plus d’Istanbul, mais tout à coup je n’y étais plus. Je me disais souvent: il est grand temps que je le mentionne ici. Enfin! Voilà chose faite.

Je suis donc maintenant ré-établie à Berlin. Voyons voir si j’arrive à me remettre à mon berlin et les autres. Je l’écris ici comme un auto-défi.

Ces derniers jours m’ont étrangement ramené Istanbul en flashbacks, tout d’un coup: cette semaine, nos amis les Bandista étaient de passage à Berlin pour quelques heures. Une autre amie istanbouliotte s’est aussi pointé le bout du nez aujourd’hui, le temps d’une tournée au marché aux puces et d’un café.

Et puis c’est la fin du Ramadan. C’est tout discret ici, je ne vis même pas dans un quartier à forte densité turque comme il y en a tant à Berlin, et pourtant, je me sens dans un esprit festif pour eux. Je repense aux bêtes croisées un peu partout dans les rues d’Istanbul pour célébrer ce même événement l’an passé, et à chaque fois que je croise un Turc, j’ai envie de lui souhaiter un gros « iyi bayramlar » souriant.

Et puis il y a ce fameux référendum proposant des changements à la Constitution turque qui a eu lieu aujourd’hui. Le oui a gagné. Aux demi-heures j’entends Erdogan déclarer son triomphe à la BBC et puis je me dis: quel personnage.

Bref, Istanbul et la Turquie continuent à faire partie de moi. Ça coûte moins cher et c’est moins long de se rendre à Istanbul en avion de Berlin que de traverser l’Allemagne en train: j’y retournerai sans doute. Des amis prévoient se marier un jour et fêter les noces, une semaine durant, dans la rue, comme le font tous les gens de mon quartier là-bas, Tarlabaşı. J’y serai.

Görüşürüz!

Quand le printemps devient fou, on fête.

Des amis me disent: demain soir, les gypsies célèbrent l’arrivée du printemps, tu viens?

Je vous parlais de la fête du printemps des Kurdes, j’étais bien curieuse de comparer avec celle des Romas. En allant à une activité du genre à Istanbul, on ne sait jamais trop à quoi s’attendre.

Cette fois, il n’y avait pas de fouille policière aux entrées. Ce n’était pas une espèce de fête privée pour Romas avec quelques touristes curieux: tout Istanbul fêtant était là.

Il y avait des gens qui vendaient de la bière un peu partout – rassurant de voir que les gens n’avaient pas à siroter leur liquide dans un petit coin sombre sous peine de pénalité islamique. Et puis, de la musique, de la musique, encore plus partout. Quelques scènes officielles, mais surtout tellement de gens qui se sont simplement pointés avec leurs instruments de musique, pour faire bouger la foule, trop compacte. Chaotique. Chercher un ami – « oui, je suis à l’entrée » – pour réaliser après 10 SMS qu’il y a trois entrées au site. Trouver d’autres amis à la place et se perdre à nouveau en cours de route. Ça fait partie du concept. Superbe fête. Tout ça, au bord de la mer de Marmara, l’eau et les bateaux participent aussi à la soirée.

Les photos avec flash donnent de mauvais résultats dans ce genre de masse de gens. Celles-ci montrent un peu plus l’atmosphère folle.

Voici quelques éléments de déco. J’aimais bien le côté bricolé.

L’événement s’appelle Hidrellez, soulignant l’arrivée du début de l’été, comme on l’indique ici. Deux prophètes, Hizir et Ilyas, se seraient croisés sur Terre et ça a fait le party qui fusionne ces deux noms. Hizir, en buvant une eau spéciale, est devenu immortel et depuis, il se pointe sur Terre une fois de temps en temps pour donner un coup de main aux humains.

C’est pourquoi la tradition veut aussi que les gens accrochent leurs souhaits pour Hizir dans des arbres. Les lieux désignés pour accrocher les voeux étaient nombreux. Une animation lumineuse donnait aussi des suggestions de types de souhaits possible: argent, bague de fiançailles, bébé, moto, plage, bicyclette, femme aux beaux seins, soldat. Il était aussi possible d’acheter un ruban spécifique en fonction de notre désir: « Wish of Car », « Wish of Luck », « Wish of Money ». Ils avaient tous l’air assez semblables.

Permier mai

Pour la première fois depuis 32 ans, les Turcs ont pu célébrer légalement la fête des travailleurs du premier mai à Istanbul sur la place Taksim.

En 1977, des tireurs inconnus ont ouvert le feu sur la foule réunie sur le square. 37 personnes sont mortes. Il s’agissait du coup d’envoi des scènes de chaos entre les groupes ultra-nationalistes et communistes qui se sont multipliées par la suite et qui allaient justifier le coup d’État militaire en 1980.

Depuis, la fête sur Taksim était interdite. Les gens tentaient quand même de manifester le 1er mai, mais les démonstrations se faisaient violemment disperser au gaz. Comme je vous le mentionnais, pour l’avoir expérimenté pendant les démonstrations de FMI, disons que tu décolles assez vite.

Cette fois, il y avait trois entrées officielles. Pour parvenir au square, il fallait se faire fouiller par la police pour ensuite entrer dans ce périmètre entouré d’une immense clôture. Pas trop rassurant de se trouver dans une immense cage avec des milliers de personnes… et pourtant, ce n’était pas un piège pour gazer l’entièreté de la population militante. Le gros soleil, la musique répétitive et les discours interminables hurlés dans les micros ont suffi pour lentement disperser les gens qui s’y étaient rendus.

Un ami disait:  » d’un autre côté, c’est comme s’il manquait quelque chose… »

Peut-être qu’éventuellement, avec les années, les discours se raffineront, la musique socialiste en canne sera remplacée par de vrais bons concerts et la « cage » sera un peu moins menaçante pour les claustrophobes et disparaîtra. Taksim, le square déjanté où tout peut arriver, resplendira de tout son potentiel.

Je les ai vus!!

Je peux le confirmer: ils existent. Ça faisait longtemps que je les voyaient sous forme stylisée, sur le logo du service de traversier d’Istanbul. Mais cette fois, ils se sont mis à sauter live à côté de notre bateau, un groupe de 4-5. Trop fou. Ouah! Des dauphins!! Ça criait partout. Un ami a filmé, mais je ne sais pas si je vais réussir à uploader son vidéo. En plus ils étaient déjà loin au moment où il a réussi à mettre son appareil photo-vidéo en marche. Le logo devra vous suffire, à vous aussi, pour quelque temps. Mais ne perdez pas espoir.

Ici, un article sur ces « enfants de rue » du Bosphore.

Les recycleurs

Les gens du quartier ont une relation assez particulière avec leurs déchets.

J’ai déjà parlé de la technique du panier pour éviter de descendre les marches pour aller à l’épicerie: la même paresse incite quelques-uns de mes voisins à balancer leurs vidanges par la fenêtre. Hop, beu-bye! J’ai déjà évité de peu une couche souillée. Et moi-même, oh, (jeudi) CONFESSION: j’ai déjà tenté l’expérience aussi: un fromage trop puant a fait un saut de quatre étages à partir de mon balcon. (Mais au moins je m’étais assurée qu’il n’y avait personne qui passait à ce moment-là! Et puis je ne le referai plus jamais, promis…).

Et même quand on est un peu plus civilisé, on dépose simplement nos sacs entre deux voitures, n’importe où, n’importe quand. Je crois que les vidangeurs passent au moins trois fois par jour dans ma rue. Malgré leur grande assiduité, les sacs sont tout aussi éventrés qu’à Montréal. Les chats de ruelle sont nombreux. Quand il pleut, les rues toutes en pente se transforment en chute d’eau bien garnies de restes de table.

Et puis il y a les professionnels.

Il n’y a pas de recyclage officiel à Istanbul. Et pourtant, je suis persuadée que plus de matières recyclables sont recueillies ici que dans la ville la plus écolo d’Allemagne (ok j’exagère). Mais quand même, 24 heures sur 24, dans les quartiers riches comme dans les plus pauvres, vous verrez ces gens qui déambulent avec un grand sac de toile blanc sur roulettes. Ils le remplissent de tout ce qui remplirait un bac vert par chez-nous. Chaque recycleur semble spécialisé dans une matière – papier, verre, plastique, métal. Puis ils ramènent ça dans des entrepôts où toute la logistique du recyclage est gérée. Dans notre quartier, Tarlabaşi, il y a plusieurs « centres de collecte », où l’on peut voir l’ampleur du boulot. Il s’agit donc d’un réseau fort organisé, « underground » certes, mais cette économie au noir assure la subsistance (minimale) de nombreuses familles…

Du fait, quand certains quartiers d’Istanbul ont tenté d’instaurer un programme de recyclage officiel, les employés municipaux ont dû faire face à des menaces du réseau déjà en place, comme le mentionne cet article.

La municipalité aurait grand avantage à s’associer avec ces gens qui ont déjà la main-d’oeuvre et l’expertise, en leur offrant par exemple une meilleure protection pour leur santé et au niveau des conditions de travail.

Hep. Je ne peux que saluer leur courage, tout en rinçant mes ti-pots de yogourt aussi soigneusement qu’à Montréal, les laissant dans un sac à part avec mes bouteilles de vin, mes journaux et autres matières précieuses.


Newroz piroz be!

Aujourd’hui, quand une bonne partie de la planète s’est réveillée, c’était le printemps: oui, joie. Cette fête du bourgeon prend des couleurs toutes particulières en Turquie, puisque les Kurdes se rassemblent pour célébrer le Newroz, fête soulignant la nouvelle année, qui est aussi entres autres soulignée en Iran, en Afghanistan et en Azerbaïdjan.

Ici, ça ne fait que 5 ans que les Kurdes peuvent célébrer officiellement cette fête: avant 2005 c’était interdit. En plus, le nom de la fête lui-même porte une lettre de l’alphabet interdite, alors ça part mal (le W, comme le Q et le X, sont toujours des lettres controversées… bien qu’on les voient maintenant sur les chaînes de télévision kurdes, elles étaient bannies par la Constitution de 1982). Ça en fait donc un événement étroitement lié à l’expression de leur culture.

Nous étions là, sortant notre « roj bash » (bonjour) du dimanche à tous ceux qui nous regardaient avec curiosité, ce qui ne manquait pas de susciter un grand étonnement et une complicité immédiate. Réaction typique: « Wow! A-t-elle dit roj bash? Elle a dit roj bash! T’as entendu, elle a dit roj bash! J’en reviens juste pas qu’elle ait dit roj bash! », et ainsi de suite. Bref, je ne sais pas dire grand chose en kurde, mais les trois expressions que je connais sont trrrès payantes. Dès notre arrivée, les gens nous ont offerts des accessoires aux couleurs du jour – rouge-jaune-vert – bandeau, pin du parti kurde, bracelet, alors là on était encore mieux équipés.

Avant d’arriver sur le site, il fallait se faire fouiller par la police, les femmes d’un bord, les hommes de l’autre. Chaos. Mais j’ai réussi à retrouver mes compagnons masculins et nous avons pris un bon bain de foule ensoleillé. Pendant que nous y étions, tout était paisible. Mais les canons à eau n’attendaient pas trop loin. Je reviendrai avec des liens d’articles demain, je suis curieuse de savoir la grosseur de la foule et le dénouement de la chose.

Tout le monde était chic, fier qu’ils étaient. Les femmes et les bébés surtout. Oh, oui, que de belles femmes en robes scintillantes! Je crois que c’est à cause d’elles que j’ai eu mon premier coup de soleil cette année.